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Des artistes aujourd’hui maintenus en vie sous baxter

Une histoire qui résume bien la situation de nombreux artistes au temps du Covid.

C’était ce dimanche, une représentation dans l’église de Crupet, le guitariste Quentin Dujardin invitait 15 personnes à assister à son concert. Il respectait complètement la distanciation sociale. Pourtant, il ne jouera qu’un seul morceau avant d’être interrompu par la police. L’église est uniquement ouverte pour le culte et non la culture. Quelques lettres de plus qui font la différence et placent l’artiste dans l’illégalité et à la merci d’une amende salée de 4000 euros.

A la sortie, il craque et déclare devant nos caméras : « C’est une honte ce que nous vivons. On ne peut pas aller plus loin dans l’indécence ».

 

 

Une histoire qui résume bien la situation de nombreux artistes au temps du Covid. Dans l’incapacité d’exercer leur art, ils meurent à petit feu, tenus à peine en vie, pour certains seulement, par le baxter des allocations de chômage.

Aujourd’hui, sur les ondes radios de la RTBF cette fois, le vice-Premier ministre Pierre-Yves Dermagne (PS) annonce une réforme du statut d’artiste qu’il juge comme n’étant plus du tout adapté. Il propose un financement de 75 millions d’euros.

Ce statut d’artiste, c’est un peu le monstre du Loch Ness de la culture, on en parle beaucoup mais peu en bénéficient.

Cette fois, le ministre est formel, il compte l’étendre à plus de personnes et particulièrement aux techniciens du spectacle, les grands oubliés de la dernière réforme du statut d’artiste, une loi-programme votée en décembre 2002, un peu, à la sauvette.

Il compte aussi assouplir les conditions d’accès à ce statut c’est-à-dire diminuer le nombre de prestations nécessaires avant de pouvoir bénéficier du statut d’artiste. Pour rappel, lorsqu’un artiste ne travaille pas, il bénéficie d’une allocation de chômage dont la somme varie entre 800 euros et 1100 euros à la condition qu’il puisse prouver, contrat à l’appui, avoir presté en tant qu’artiste pendant 312 jours sur une période de 21 mois, ou bénéficier de la règle du cachet, c’est-à-dire d’une rémunération divisée par un coefficient équivalent à un certain nombre de jours de prestation.

Le vice-Premier ministre Pierre-Yves Dermagne compte également revaloriser à 1540 euros, l’allocation de chômage dont bénéficiera, à l’avenir, l’artiste. Des propositions qu’il compte mettre sur la table dès Pâques.

Le comédien Alexandre Von Sivers, membre de la Setca accueille la nouvelle très positivement : « Il s’agit d’un ensemble de propositions tout à fait constructives. Le fait de vouloir alléger l’accès au statut et de l’élargir aux techniciens du spectacle est une très bonne chose. Ma seule réserve tient dans l’idée de vouloir remettre en question le rôle de l’Onem. Je ne vois pas pourquoi il faudrait une autre instance. Il faudrait, peut-être, au sein de l’Onem des personnes plus qualifiées pour examiner la question du statut des artistes. Mais il ne faut pas nécessairement créer une autre instance. »

Pierre Dherte, co-coordinateur du groupe de travail du statut de l’artiste et porte-parole d l’Upac, (l’Union de professionnels des Arts et de la Création) partage le même avis. Les propositions du vice-Premier ministre sont très positives. Mais en ce qui concerne, l’organe qui aura la compétence pour gérer le statut de l’artiste, il s’interroge : « C’est vrai que l’Onem est souvent associé à chasse aux sorcières pour les gens du spectacle. Mais nous ne devons pas oublier qu’Onem signifie aussi emploi. Nous préférons que ces 75 millions de financement aillent dans le champ de l’Onem à condition que la commission artiste qui est l’organe de contrôle soit désormais composée majoritairement de représentants de la profession. »

Jérémie Petrus est un jeune comédien. Vu les circonstances très particulières du Covid, il est à l’arrêt. Mais il bénéficie d’une allocation de chômage non dégressive qui est actuellement son seul revenu. Un statut d’artiste chômeur qu’il a du mal à assumer : « Nous sommes considérés comme des chômeurs lorsque nous ne sommes pas sous contrat, mais, en réalité, nous travaillons. Par exemple actuellement, je prépare un casting prévu la semaine prochaine. Je pense que cette logique de l’artiste qui est un chômeur et qui profite d’un statut de chômeur, ça ne va pas. Nous devons sortir de cette image-là « .

Pierre Dherte confirme : « Le travail de préparation n’est pas vraiment pris en compte jusqu’à présent. Mais, il semble que nos hommes politiques aient enfin compris la nécessité d’une rémunération du travail invisibilisé. Tout ce travail que nous faisons nécessite une rémunération majorée de 1540 euros, indexée, non dégressive, et progressive en fonction de l’ancienneté. Voilà comment pallier ce travail ‘invisible ».

Le problème, c’est la difficulté d’accéder à un statut d’artiste pour un jeune comédien. Actuellement, pour un jeune comédien, il est pratiquement impossible d’obtenir le statut d’artiste puisqu’il ne reçoit plus de contrats lui permettant de revendiquer un statut d’artiste.

Le comédien David Murgia témoigne : « Nous sommes des travailleurs comme les autres. Or, nous ne sommes pas reconnus comme tels surtout lorsque nous sommes des jeunes artistes qui commençons à travailler. La situation était difficile avant la crise, aujourd’hui elle est intenable. Pour les jeunes qui sortent des écoles, la situation est impossible. Il s’agit d’enjeux sociétaux majeurs. Notre travail n’est contractualisé que lorsque nous avons de la reconnaissance. Mais un jeune pas connu, va devoir porter un projet, écrire le dossier, le présenter pour convaincre les producteurs, et tout cela reste invisible« .

Selon ce jeune comédien, le secteur culturel est sous-financé depuis trop longtemps et n’a pas les véritables moyens de payer ses travailleurs. Il s’agit de l’un des enjeux sociétaux de l’avenir : faire de la culture, un secteur d’exception.

Les artistes veulent donc un meilleur statut social. Le coût des améliorations qu’ils proposent ne leur semble pas extravagant.

Nicola Donato, le Président du Conseil général Setca-Culture les résume bien par une comparaison : « Si notre démocratie peut se payer 20.000 mandataires publics, elle peut, pour les mêmes raisons démocratiques améliorer le sort de quelques centaines de jeunes artistes qui peinent à obtenir des allocations de chômage vu que pour eux, le chômage est structurel. Mais pour que les artistes soient reconnus à leur juste valeur sociale, encore faudrait-il que leur volume de travail et leurs rémunérations augmentent et que l’accès à la culture soit vraiment démocratique ».

 

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