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Le contrat de gestion de la crise sanitaire a été dévoyé

Carte blanche de Baudouin de Hemptinne 

Notre pays se trouve dans une impasse. Cela fait un an que nous vivons avec de fortes restrictions dans le cadre de la lutte contre le coronavirus en Belgique. Nos institutions démocratiques méritent un profond respect et l’engagement politique est un choix de vie courageux et généreux. Néanmoins, au risque de créer une grave perte de confiance, notre gouvernement est occupé à rompre le contrat tacite passé avec nous, citoyens, pour au moins deux raisons.
(Belga)

Premièrement, nos gouvernants ont modifié l’objet du contrat. En mars 2020, l’élan de solidarité et le respect du « premier confinement » était général.

De manière presque unanime, les Belges étaient d’accord pour faire tous les efforts nécessaires afin de sortir de la situation d’urgence, dont l’indicateur principal était la saturation des hôpitaux. L’objet du contrat était alors, graphiques à l’appui, « d’aplatir la courbe » afin de maintenir les cas d’hospitalisation sous le seuil des capacités d’accueil de nos systèmes de santé.

Un an plus tard, les restrictions imposées sont justifiées par des arguments totalement différents. Nos hôpitaux ne sont plus surchargés depuis le mois de novembre, l’âge moyen des décès attribués à la covid est de 83 ans alors que notre espérance de vie se situe sous les 82 ans, et nous connaissons une sous-mortalité pour les premiers mois de 2021, suggérant un « effet de moisson ».

La perte « quantitative » de vie ne parait donc pas être aussi dramatique que la perte « qualitative » de vie, y compris pour ceux contraints de vivre les derniers instants de celle-ci dans des circonstances tragiques d’abandon.

En mars 2021, l’exécutif défend les différentes interdictions par la volonté de « nous prémunir d’un rebond » et d’éviter une hypothétique troisième vague avec des mutations potentiellement « terrifiantes ».

L’accord que nous avions établi bon gré mal gré il y a un an était de « contrôler la crise » et de sortir de la phase critique. Sans réel débat, l’objet du contrat a désormais été transformé en un nouvel objectif : « contrôler le virus » et tous les potentiels scénarios imaginables. Mais nous n’avons pas mandaté nos dirigeants pour créer une société aseptisée ou l’on court un risque zéro !

Alors que nous avions accordé notre confiance pour maintenir une situation dans laquelle nos soignants pouvaient traiter tous les cas nécessitant des hospitalisations, on nous enjoint à éradiquer toutes les contaminations au coronavirus. A-t-on omis d’expliquer à nos gouvernants que l’augmentation prévisible des porteurs sains est l’évolution normale d’une épidémie dans une société qui continue à vivre ?

Dans la situation actuelle, alors même que des précautions et gestes barrières simples sont connus, les règles interdisant de circuler la nuit ou à l’étranger, de se rassembler, de vivre la dimension sociale de l’éducation, d’ouvrir l’horeca et le monde culturel ne sont plus légitimes. Le contrat démocratique est basé sur la confiance. Abuser de la bonne volonté, de la solidarité et du sentiment de responsabilité des citoyens risque non seulement de miner durablement cette confiance, mais aussi de renforcer les détracteurs de la démocratie.

Deuxièmement, les modalités du contrat ont été changées unilatéralement.

Les mesures exceptionnelles mises en place pour lutter contre les effets de la pandémie contreviennent à un bon nombre de droits garantis par notre Constitution, par les traités européens et par la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

La liberté de réunion, la liberté de circulation, la liberté d’entreprendre, les droits culturels ou encore le droit à l’éducation par exemple sont mis à mal. Pour que de telles mesures soient acceptables, il faut qu’elles soient ciblées, proportionnelles et limitées dans le temps. En Belgique, en mars 2021, aucun de ces trois critères n’est clairement rempli.

Les restrictions sanitaires s’appliquent à la population dans son ensemble et à un très large panel d’activités. La proportionnalité des mesures est de plus en plus remise en question au regard des effets collatéraux que celles-ci engendrent, qu’ils soient d’ordre économique, mais aussi psychique, éducatif, culturel ou encore spirituel. La balance coûts-bénéfices ne penche plus indubitablement d’un côté ou de l’autre. Et la limitation dans le temps est tout simplement ignorée.

Comment peut-on affirmer de façon crédible que des mesures sont mise en place pour une durée définie, quand elles sont systématiquement prolongées à une date ultérieure avant même que la date butoir initiale ait été atteinte.

Une mesure temporaire dont la date de fin peut être réévaluée systématiquement et plusieurs semaines à l’avance ne peut pas être qualifiée de « limitée dans le temps ». La restriction des voyages non essentiels à l’étranger repoussée pour la énième fois au 18 avril en est un exemple éloquent. Ces perspectives éternellement repoussées participent aussi à une perte durable de confiance.

Toutefois, dans notre démocratie, il existe des contrepouvoirs pour les situation de non-respect du contrat qui lie citoyens et gouvernement.

Premièrement, il est prévu que nos élus aient un pouvoir législatif et contrôlent l’exécutif. Seulement, ce mécanisme est devenu inopérant.

Depuis un an, notre gouvernement dirige le pays à travers des Arrêtés ministériels réduisant l’initiative législative du parlement au néant. Les quelques propositions de loi, elles, sont discutées entre partis de la coalition gouvernementale avant d’être proposées à la Chambre comme l’illustre le projet de loi-pandémie.

En second lieu, les citoyens ont la possibilité d’exprimer leur désaccord publiquement afin d’en convaincre d’autres et de faire pression sur le gouvernement. Mais là aussi, l’effort semble vain ; l’exécutif demeure sourd.

Nombre de penseurs et de meneurs d’opinion de toutes disciplines interviennent dans les médias pour faire part de leurs protestations et de leurs suggestions, mais les visions de gestion de crise alternatives sont souvent discrédités sans réelle argumentation.

Les Belges les plus courageux organisent des manifestations. Mais eux aussi sont vite démobilisés sous la menace d’amendes trop souvent mises à exécution.

Comment sortir de l’impasse ? D’un côté, le pouvoir exécutif semble sourd aux revendications d’une partie croissante de la population qui se sent flouée dans le contrat dévoyé qui la lie à ses gouvernants.

D’un autre côté, les leviers d’action démocratique que sont le travail des élus parlementaires, le pouvoir médiatique et la démonstration publique ont été considérablement affaiblis. Quelle est l’issue pour les citoyens belges, dont le pays héberge les institutions d’une Union qui ambitionne de défendre les valeurs de liberté et de démocratie ?

Baudouin de Hemptinne (24 ans) et Antoine de Halloy (25 ans), jeunes professionnels à Bruxelles